12/04/2026
PAD : Waly Diouf Bodiang en vieux loup de mer
Dans un monde maritime et portuaire marqué par des velléités américaines imposant au monde la guerre dans le golfe, l’augmentation du prix du baril de pétrole passant sous 100 dollars après avoir avoisiné les 115 dollars, le Port Autonome de Dakar (PAD) dope les opérations portuaires et maritimes, affichant la volonté de devenir un hub logistique de référence en Afrique de l’Ouest sous la Direction générale de l'atypique Waly Diouf Bodiang se présentant en marin expérimenté tel un loup de mer.
En deux ans, depuis son arrivée à la tête du poumon économique du Sénégal en remplacement de Mountaga Sy en mai 2024, l’ancien inspecteur principal des impôts et domaines et directeur adjoint de la Gestion et de la Coopération internationale des Impôts et Domaines a pour le moins impulsé le Port Autonome de Dakar au devant du débat économique, portant et défendant des projets mis sous éteignoir par l’ancien régime.
Parmi les plus cités ces derniers mois, le consortium Jambaar TPM (Terminal polyvalent et multimodal) fort d'un investissement de 56 milliards dont la convention de concession a été signée le 9 décembre 2025. Avec comme première phase, la modernisation et transformation le môle 4 qui concentre déjà 20% du trafic et la modernisation des ports regionaux de Kaolack, Ziguinchor, Saint-Louis, Dakhonga.
Militant de la première heure de Pastef, parti au pouvoir tenu de main de maitre par l’actuel Premier ministre Ousmane Sonko porte-étendard de la « révolution » qu’il appelle de ses vœux pour une « rupture » totale avec le système, Waly Diouf Bodiang s’érige, comme sonne Waly en arabe, en « protecteur » de la mission qui lui a été confiée par le président de la République avec la bénédiction de son « mentor » Sonko.
« Consciencieux » comme le soulignent des cadres approchés, l’homme « méthodique », « réfléchi » sait aussi prendre des risques quand il est convaincu du « bon sens et bien-fondé » du projet qu’on lui présente.
C’est ainsi qu’il se fait défenseur du projet Jambaar parce qu’il « a compris la multimodalité du projet qui ouvre de nombreuses portes au port de Dakar, au secteur des transports, à la logistique, la production et la transformation ».
Pas étonnant pour d’aucuns que le « belliqueux politique des réseaux sociaux », - notamment Facebook qu’il anime quasiment au quotidien au grand damne de ses contempteurs et adversaires politiques - affiche le sourire professionnel.
Samedi 11 avril 2026, il annonçait un bénéfice de 27 milliards FCFA au titre de l‘exercice 2025, « confirmant la dynamique de performance de la plateforme portuaire dakaroise », nous dit l’astre national, Le Soleil.
Faut-il s’en étonner quand on sait que le « dynamiteur politique » et « inconditionnel » de Sonko a préféré mettre en avant plusieurs projets structurants pour le renforcement de la compétitivité du Port Autonome de Dakar ? Le 2 avril dernier, il reçoit dans ses bureaux, en présence de ses collaborateurs, une importante délégation belge composée de Jacques Vandermeiren patron du Port d’Anvers-Bruges, Jean-Frédéric Brion Président directeur général de Conti-Lines et son fils Gregory directeur général de Jambaar TPM amenés par l’ambassadrice du Royaume belge Helene De Bock et le conseiller économique et commercial Yvan Korsac, ses compatriotes MM Modou Mamoune Sène PDG du Groupe Maor l’homme par qui et avec qui murit le projet jusqu’à sa réalisation, Omar Blondin Diop directeur général adjoint de Jambaar TPM et leur suite.
La ténacité du premier Voyageur, Représentant et Placier (VRP) du Port Autonome de Dakar finit de comprendre, contrairement à ses prédécesseurs, que c’est un groupe multi composite qui se présente à Dakar et que le projet qui peut changer non seulement le visage de Dakar, mais encore celui du Senegal et de la Sous-région. Un regard sur le réseau hydrographique du Sénégal, sur l’enclavement du Mali, la visualisation d’investissement dans les secteurs ferroviaires, terrestres suffisent au directeur général du PAD.
S’y ajoute la qualité des membres du consortium. Des opérateurs portuaires d’Anvers-Bruges 12e port mondial, d’Espagne présent dans les 29 sur les 30 ports que compte le royaume, et maritime, l'armateur belge, sans compter l'apport du Sénégalais le groupe Maor.
Pour rappel, Jacques Vandermeiren, CEO du port d’Anvers-Bruges est celui-là même qui soutenait il y a peu que certains industriels européens ne vont plus tenir très longtemps », indiquant dans une interview accordée a un media belge qu’il y a « trop de nativité, trop de lenteur » pour que l’Europe ne s’inquiète pas de son avenir.
Pour Jean-Frédéric Brion, l’ambition d’ouvrir des bureaux au Maroc et au Sénégal s’entend dans la mesure où le potentiel « énorme » de l'Afrique offre de grandes possibilités. Le continent verra sa population passer à plus de deux milliards en 2050, les ressources en main-d’œuvre seront importantes tout comme la consommation en pleine croissance qui sera renforcée par la formation, la hausse de productions et transformations. Avec des importations et exportations plus importantes, il y aura plus de trafics, plus de chargements et déchargements, d'exploitations de ports intérieurs.
Waly Diouf Bodiang ne s’y trompe pas aussi. En plus de Dakar, il sait que Kaolack, Ziguinchor, Saint-Louis et Dakhonga ont une chance inouïe de désenclaver les zones de production grâce aux solutions apportées par le transport avec les petits navires. Une révolution par le multimodal que voit venir le directeur général du PAD. Soit bonne nouvelle pour les investisseurs, la production mais également de la transformation agroalimentaire, textile, pharmaceutique, cosmétique.
Waly Diouf Bodiang sait que le consortium Jambaar est important aussi ne manque-t-il pas de mettre la pression sur investisseurs le jour de l’inauguration du siège. Le « pouvoir n’a plus que 3 ans » pour montrer aux électeurs ses réalisations. Le politique ne peut pas manquer de ne pas s'inviter à l'économie.
Le même Waly met en avant plusieurs autres projets structurants destinés à renforcer la compétitivité du port. Outre l’inauguration du siège de Jambaar TPM et lancement des travaux de modernisation du Môle 4, le Port de Dakar a accéléré sa transformation numérique avec la conclusion d’un partenariat avec Orange Sénégal pour la digitalisation intégrale des opérations portuaires le 5 mars 2026 au siège de la Société nationale du Port autonome de Dakar (Sonapad). Un « programme ambitieux destiné à positionner la plateforme dakaroise comme un modèle de performance numérique », dit-on.
Du côté de Ndayane, DP World a lancé en 2025 les travaux du port pour un chenal de 5km avec l’arrivée de la dr**ue Willem Van Rubroeck le 18 décembre sur le futur terminal de conteneurs du PAD. Ceci en vue de désengorger l’actuel terminal parfois saturé.
Sous la direction de Bodiang qui va boucler en mai prochain deux années à la tête du PAD, la plateforme s’affirme comme une puissance économique régionale clé.
En effet, au troisième trimestre 2025, le PAD a enregistré une hausse de 5 % de son chiffre d'affaires, soit plus de 20 milliards FCFA, et une croissance de 16 % du trafic global. Se voulant un Hub maritime majeur en Afrique de l'Ouest, le PAD mise ainsi sur la modernisation avec le projet Ndayane, le môle 4, la modernisation et exploitation des ports régionaux, pour devenir un moteur de l'industrialisation et de la connectivité avec l'hinterland.
La croissance commerciale significative fait état d’un trafic global ayant atteint 7,64 millions de tonnes au troisième trimètre 2025 avec une forte hausse des embarquements (+59%). Dans le cadre Vracs liquides, le PAD a enregistré une augmentation de 39 % au 3e trimestre 2025.
En février 2026, le Grand Théâtre National Doudou Ndiaye Rose avait servi d'écrin pour la Rentrée Portuaire 2026 en la présence du Président de l’Assemblée nationale, El Malick Ndiaye et plusieurs ministres, députés et autres personnalités du secteur et un Wally Diouf Bodiang qui s'était à la limite tout petit comme pour ne pas paraître, comme pour laisser au PROJET le soin de s'approprier les grands pas du Port Autonome de Dakar dans les eaux profondes ou et non du Sénégal dans la conquête des territoires et des marchés.
Charles FAYE
Ousmane SONKO Bassirou Diomaye Faye