27/08/2022
COMMENTAIRE DU JOUR
Pourquoi Ousmane Sonko doit-il alerter ?
Par Khaly Moustapha LEYE
Ces propos sont d’Adama Fall dans Tribune de ce jeudi 9 octobre (N°2263, page 8) : «Ousmane Sonko s’alarme et il est en train de se poser en victime par rapport à une situation politique. Il faut que les gens comprennent ce qu’il se passe réellement. Il dit que l’État du Sénégal est en train de tout faire pour l’empêcher de se présenter à l’élection présidentielle de 2024, mais il n’en est rien. C’est lui qui avait dit à la place de l’Obélisque qu’il est en mesure de tracer les fonds en question. Aujourd’hui, l’Assemblée nationale lui a donné l’occasion de dire au peuple sénégalais, preuves à l’appui, le fond de ses allégations. Ousmane Sonko est le cadet des soucis du Président Macky Sall qui est là pour prendre en charge ce pourquoi il a été réélu.»
Ça pouvait ne pas nécessiter de commentaires, mais à 48 heures de la session à huis clos de l’Assemblée nationale, concernant le rapport déjà rendu public de la Commission d’enquête parlementaire sur les 94 milliards dissipés imputés à Mamour Diallo, il est plus que normal de tirer la sonnette d’alarme.
Que n’a-t-on vu avec l’affaire Khalifa Sall, accusé avec des preuves légères du crime le plus courant dans cette république : le détournement de deniers publics à d’autres fins que celles pour lesquelles ils sont habilités à servir la cause populaire ? Sonko, ne dénonce pas autre chose. Il ne veut pas être injustement pris aux yeux et au su de tous, sans riposte à hauteur de réaction, comme ce fut avec Khalifa Sall, puis être forcé de sortir de prison, manu militari, sans garantie de conservation de ses droits civiques et politiques.
Qui a pu le moins avec Khalifa Sall, maire de Dakar déchu et député à l’immunité parlementaire levé en son absence, peut le plus. Quelle belle infâmie ne nous réservons-t-on pas encore ce vendredi et du même genre ?
Sur internet, la mobilisation est à son top, au risque de revivre un 23 juin bis, ce vendredi 11 octobre. Les prévisions les plus pessimistes ont la vie dure, malgré la détente actuelle et le semblant de réconciliation entre Wade et Macky, avec, dans la foulée, la sortie de force de prison de Khalifa Sall ; mais, elles ne font que confirmer la grande désaffection générale du peuple face à ses hommes politiques. Le "moins sale" et le "pas à salir" étant Sonko pour la majorité, ils écrivent sur leur mur «TOUCHE PAS À SONKO».
Macky a-t-il oublié ce fameux 23 juin, ou ne reconnaît-il plus les Sénégalais comme ce peuple capable de renverser des montagnes avec foi et engagement ? Qu’il le veuille, on ne lui en blâmerait pas ; qu’il l’essaye pour savoir de quoi est capable le peuple des patriotes pour Sonko, il choisira de se brûler les doigts à sept mois seulement d’un second mandat pas sûr qu’il sera de tout repos comme il le souhaiterait, tant il est tenté par un 3ème mandat s’il arrivait à éteindre toutes les poches de conflits de plus en plus nombreuses.
Ce qui est à dire à Diouf Sarr et Adama Fall, de l’Apr, c’est de leur faire savoir que ce que Sonko avait dit à la place de l’Obélisque, il est en mesure de le confirmer avec des preuves à l’appui devant une Assemblée plénipotentiaire, mais pas devant cette Assemblée nationale aux ordres. Et que, même si on est bien dans un État de droit avec des institutions crédibles, ce n’est pas toujours vérifié pour passer des simples allégations d’un accusateur public à l’ouverture d’une instruction judiciaire par le parquet du substitut du procureur pour affaire de diffamation. Non pas commettre le crime politique le plus flagrant menant quelqu’un à l’échafaud de la guillotine politique, après Wade fils et Khalifa Sall.
Rechercher du buzz à travers une conférence de presse interdite de ses avocats, c’est vraiment une perte de temps pour quelqu’un qui est toujours dans la course à l’élection présidentielle 2019-2024, sans répit ni lassitude, aspirant à la magistrature suprême ouvertement, comme Khalifa, comme Karim Wade, tous éliminés. Les militants du Mouvement En marche d’Emmanuel Macron en savent, Pastef Les Patriotes n’est pas l’Apr, mais le collège Benno bokk yakaar n’est pas l’Assemblée nationale du Sénégal aussi. Quant à l’Ige, l’Ofnac et le Procureur, s’ils laissent faire la sphère politique, c’est pour s’apprêter à enterrer le dossier et bien d’autres, en se mettant à la solde du législatif et de l’Exécutif dans les mêmes conditions, déniant à la magistrature l’équilibre des pouvoirs pour rendre justice au nom du peuple et en vertu de la Constitution, en ses articles 25-1 et 25-2. Effectivement, Monsieur le Ministre, «on peut continuer à être distrait par quelqu’un véritablement qui nous prend pour des enfants. Je pense il faut qu’il grandisse un peu et je crois que c’est mieux pour lui». Retournons la proposition à l’émetteur et son mentor, et on y verrait plus clair. Au grand bénéfice des populations qui sont loin de se laisser distraire.