08/08/2026
Les neurosciences devraient être introduites, dès le primaire ou, à défaut, au collège, dans nos programmes scolaires. Non pas pour transformer les élèves en spécialistes du cerveau, mais pour leur permettre de mieux comprendre comment ils apprennent, mémorisent, raisonnent et développent leurs capacités cognitives.
Il ne s’agirait évidemment pas d’enseigner toute la neuroscience. Les sciences cognitives, notamment la cognition et la métacognition, adaptées à leur âge, pourraient progressivement trouver leur place parmi les disciplines enseignées au collège. Apprendre à apprendre devrait être considéré comme une compétence fondamentale, au même titre que lire, écrire ou compter.
Un pays pauvre ne peut pas éternellement reproduire un modèle scolaire qui, malgré son mérite d’avoir formé de nombreux cadres et intellectuels de haut niveau, montre aujourd’hui certaines limites face à l’évolution rapide des connaissances, des technologies et des systèmes éducatifs. D’autres modèles accordent plus de place à la pédagogie active, aux outils numériques, à la compréhension des mécanismes d’apprentissage et à l’autonomie intellectuelle de l’élève.
Notre problème est encore plus profond dans nos pays, où l’élève apprend souvent les mathématiques, les sciences, l’histoire ou d’autres disciplines dans une langue étrangère qui n’est pas sa langue première. Il doit donc simultanément comprendre la langue d’enseignement et assimiler le contenu de la matière. Une partie de son énergie cognitive est ainsi consacrée au décodage linguistique avant même d’être mobilisée pour comprendre le concept étudié.
Cela pose la question de politique éducative : comment demander à un enfant de maîtriser des concepts complexes lorsqu’il doit d’abord apprendre à les comprendre dans une langue qu’il ne maîtrise pas encore parfaitement ? Certains me diront qu’il faut introduire les langues nationales à l’école (c’est aussi une belle hypothèse). Mais cela ne pourra pas exclure l’utilité que peut avoir la matière qui sert à apprendre à un enfant comment apprendre à utiliser ses capacités cognitives.
L’enjeu n’est donc pas simplement de modifier les programmes, mais de repenser progressivement notre conception même de l’éducation : enseigner des connaissances, certes, mais aussi enseigner aux enfants comment leur cerveau apprend, fonctionne leur attention, comment consolider leur mémoire, identifier leurs erreurs et développer leur autonomie intellectuelle.
Un laboratoire de recherche devrait aujourd’hui pouvoir objectiver, à travers des études sérieuses, cette réalité que nous observons déjà sur le terrain : beaucoup de nos jeunes, garçons comme filles, éprouvent des difficultés à lire ne serait-ce que trois livres entiers, à maintenir leur attention sur la durée ou à développer certains réflexes cognitifs essentiels, particulièrement lorsque les outils technologiques qui pourraient soutenir leur apprentissage sont insuffisants ou mal utilisés.
Puisque nous accusons également un re**rd dans ce domaine, l’introduction des neurosciences dans l’éducation de base pourrait justement nous permettre de réduire une partie de ce re**rd en repensant nos méthodes d’apprentissage.
Car, il existe probablement de nombreux élèves brillants, naturellement curieux et dotés de capacités intellectuelles remarquables, qui finissent pourtant par se décourager à l’école. Non pas parce qu’ils manquent d’intelligence, mais parce qu’on ne leur a jamais véritablement appris comment apprendre.
Ils peuvent avoir une excellente mémoire, une grande capacité de raisonnement ou une forte curiosité, mais ne pas savoir organiser leur attention, mémoriser efficacement, gérer leur charge cognitive, identifier leurs erreurs ou construire une méthode de travail adaptée à leur fonctionnement. Et c’est là que les sciences cognitives peuvent avoir un rôle déterminant : apprendre à l’élève à comprendre ses propres mécanismes d’apprentissage afin qu’il devienne progressivement acteur de son éducation.
Dans un contexte où nos ressources technologiques et matérielles sont limitées, nous devons justement chercher à exploiter au maximum ce que nous possédons déjà : le potentiel cognitif de nos enfants. La question que je pose n’est donc pas seulement de savoir quels outils technologiques nous avons, mais aussi de savoir si nous enseignons à nos enfants à apprendre efficacement avec ou sans ces outils.
Dans un monde où l’information devient abondante et facilement accessible, la véritable compétence ne sera plus seulement de savoir beaucoup de choses. Elle sera aussi de savoir apprendre, savoir vérifier, savoir raisonner et savoir désapprendre lorsque nos connaissances deviennent obsolètes.
C’est pourquoi une vraie réforme éducative devrait associer technologie, sciences cognitives et métacognition. Il ne s’agit pas de remplacer les fondamentaux de l’école, mais de donner aux élèves les moyens de mieux les assimiler. Et, c’est peut-être là que devrait commencer la réforme profonde de nos systèmes éducatifs.