04/08/2026
Neuf volumes, cinq siècles d'histoire : ce que révèle l'Histoire générale du Sénégal
D'après le rapport 2024-2026 consacré à l'élaboration du projet, l'Histoire générale du Sénégal (HGS) puise sa matière dans 45 ouvrages regroupés en neuf volumes, structurés autour de cinq grands axes thématiques : les fondements anciens, les formations politiques, les résistances, l'État colonial et les mutations de la société contemporaine. Le quotidien Le Soleil a consacré un dossier détaillé à cette œuvre, dont le coordonnateur, le Pr Mamadou Fall, souligne qu'elle s'appuie sur trois grandes traditions historiographiques - celle des massalik et des tarikhs, celle de la découverte et celle dynastique - qui ont chacune contribué, à leur façon, à documenter des pans entiers du passé sénégalais à travers des corpus textuels d'une grande richesse.
Des origines lointaines aux royaumes anciens
Le premier volume explore les racines et l'héritage du Sénégal préhistorique et ancien. Il réunit les travaux menés sur les premiers peuplements humains, les sites mégalithiques, les tumuli, les amas coquilliers ainsi que les productions matérielles issues des civilisations sénégambiennes. Le journal évoque également l'intégration souhaitée des liens entre l'Égypte antique et l'Afrique subsaharienne, en s'appuyant sur des sources locales, dans le but de rattacher le Sénégal à la longue trajectoire des civilisations du continent.
Le deuxième tome s'intéresse à l'édification politique et territoriale du pays du 10e au 16e siècle, en retraçant le basculement du système des Lamanes - gardiens traditionnels de la terre - vers l'émergence des royautés et la structuration progressive des territoires de pouvoir.
Économie, résistances et bouleversements
Le troisième volume examine les dynamiques régionales et les circuits économiques entre le 13e et le 19e siècle, avec une attention particulière portée au commerce du sel, ressource qui reliait les régions sahéliennes, les zones littorales et les grandes routes commerciales.
Le quatrième tome revient sur les grands bouleversements politiques des 16e et 17e siècles, tandis que le cinquième rassemble les recherches portant sur les résistances, les épreuves traversées et le renouveau religieux entre 1815 et 1914. La conquête coloniale y est abordée sous l'angle des réactions des sociétés sénégalaises, à travers les figures de Maba Diakhou Bâ, Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké, Serigne Koki Ndiaga Isseu Diop, Moussa Momo, ainsi que plusieurs personnalités marquantes de la Casamance. Ce volume met aussi en lumière l'essor de la Tijaniyya et la naissance de la Muridiyya, révélant à quel point le 19e siècle fut aussi une époque de profonde reconfiguration spirituelle et sociale.
Colonisation, mémoire et modernité
Le sixième volume analyse le fonctionnement du système colonial et ses différents acteurs entre 1854 et 1920, en s'att**dant notamment sur les fonctionnaires, auxiliaires civils, militaires et paramilitaires africains au service de l'administration française.
Le septième tome traite des crises sociales et des mémoires militaires entre 1930 et 1960. Y figurent la grève des cheminots de Thiès en 1938, le massacre de Thiaroye, l'implication sénégalaise dans la Seconde Guerre mondiale, ainsi que l'engagement des tirailleurs en Indochine.
Le huitième volume porte sur la construction de l'État, le développement des infrastructures et les avancées démocratiques, tandis que le neuvième et dernier tome se consacre aux cultures, aux identités et aux traditions intellectuelles. Ce dernier volume présente notamment l'œuvre de Cheikh Anta Diop comme une contribution majeure au renouveau de la pensée historique africaine.
MATHIAS