03/02/2026
Chers passionnés de livre, cette année, je voudrais partager mes notes de lecture, écrites librement sur les œuvres lues. Dans ces notes, je mettrai en avant les phrases inspirantes et les insolites. Le tout sans dévoiler l'intégralité du livre, pour inciter les autres à chercher à les lire ou inviter ceux qui les ont lus à partager leurs sensations. C'est en définitive juste un amoureux de la lecture qui s'amuse avec les livres.
Pour ce premier numéro, je commence par un classique : Joseph Brahim Seid. Au Tchad sous les étoiles. Paris : Présence Africaine, 1962, réédité en 2017 avec une préface de Noël Netonon Djékéry. Justement, c'est cette mention de la préface qui m'a interpellé quand j'étais passé, en ce début d'année 2026, pour préparer ma lecture de l'année, à la Librairie la Source. Je ne sais pas combien de fois j'ai déjà lu ce livre, mais chaque fois avec la même sensation, le même plaisir et le même émerveillement devant ces histoires plus légendaires les unes que les autres. J'aime lire les livres que j'ai déjà lus !
Cette version donc, avec la préface de Djékéry, c'est une autre lecture qui commence. Comme une invite à la lecture, le préfacier dira : « Lisons ou relisons "Au Tchad sous les étoiles", partout et en tout temps, pas seulement comme un antidote à toute inhumanité, mais aussi pour le plaisir d'entrer en douceur en poésie. »
Le conte est un hymne à la beauté, à la merveille et à la diversité du Tchad. La première narration raconte d'ailleurs le Tchad comme héritier d'une tribu épargnée par Dieu après la destruction de la terre. La tribu d'Alifa en l'occurrence, qui sera sauvée par les géants, formera une alliance matrimoniale avec ces derniers pour donner naissance aux Saos, dont les descendants Kotoko sont nos contemporains. Quelle merveille !
Que dire de « Djingué ou le sagaie de la famille », l'histoire des douze tribus qui formèrent Massenya. Il s'agit de Dokko, Birni Desse, Lubat Ko, Dukuat, Daboleni, Diongou Djougueldou, Niougounidoualla, Goumgoul-Darko, Goumgoum-Bida, Niougo-Kouboudga, Maguerba et NGolgargue. Les branches actuelles de ces tribus sont les Sokoros, les Barguirmiens, les Kengha, les Bouas, les Bilalas, les Koukas, les Goulas, les Sarouas et tous les Saras. Un adage kengha extrait de cette partie, en faisant rapport avec ces groupements, dit ceci : « Les gens de Massenya sont comme nous-mêmes, les gens du Fittri, du lac Irro et les Saras sont nos frères. »
Sur le Royaume du Ouaddaï, on y apprend une leçon d'histoire de l'Islam, revenant aux origines du schisme entre Sunnites (ou les orthodoxes) et les Chiites (ou dissidents), partisans du gendre du Prophète. Saleh, le fondateur de l'Islam au Ouaddaï, descend directement du Prophète. Il est aussi connu sous le nom de Abd-el-Kérim ben Djamé ou encore Saleh ibn Abd Allah ibn Abbas. Il chassa les Toundjours du Ouaddaï en 1700 ou en 1635, c'est selon les sources. Le Sultan Saboun, septième descendant de Saleh, dont le livre raconte qu'il avait fait écrire au fronton des bâtiments publics cette phrase : « L'injustice qui dure ruine, la justice qui dure enrichit ». Vivement, nos administrateurs, à vos écritoires ! Saboun fut l'un des hommes les plus puissants à l'époque. Son royaume fut un centre intellectuel où les gens vinrent des quatre coins pour y apprendre les arts et les lettres. Il noua des relations diplomatiques avec Le Caire, Tripoli, le Khordofan. Ses conquêtes, sa prospérité, sa sagesse font de Saboun le meilleur sultan de l'histoire du Tchad - à ma connaissance bien sûr.
Que dire aussi de « Bidi-Camoun, le cheval de Tchouroma », une histoire magnifique d'un cheval sauveur de son maître en le transportant au ciel tel un avion. De même, la quadruple déception amoureuse de Liman qui perdit tour à tour sa fortune, son bonnet, sa bourse et sa canne magiques, mais réussit à reconquérir la princesse Aïcha avec les dattes qui font pousser les cornes et les dattes antidotes.
L'histoire de Gamar et Guimerie, qui n'est pas sans rappeler l'histoire de Joseph vendu par les siens mais dont le destin l'avait propulsé comme sauveur. Et ce n'est pas le premier récit qui ressemble aux récits des livres saints. L'histoire de la tribu d'Alifa a également des traits forts avec l'histoire de Noé et son arche. L'histoire de ces deux enfants se termine avec cette magnifique expression : « ... Il n'y a pas de bonheur sans joie familiale. »
Aussi, ai-je découvert une citation de l'auteur dont j'interroge avec humour la véracité. Il affirme que « ... la plus flatteuse louange qu'on puisse faire aujourd'hui à une femme du Tchad, c'est de lui souffler discrètement au creux de l'oreille : "vous êtes belle comme la fille d'Am-Sitep ou la femme d'Abakar" ». Je lance donc un appel à témoignage 😅. Mes sœurs, je vous invite à lire ou relire Au Tchad sous les étoiles.
Et « la justice du lion »... Pas de commentaire. Ce récit est, avec « l'ingrat », l'un des contes africains les plus légendaires.
Mon coup de cœur, c'est « Le vagabond », et vous saurez pourquoi après cet extrait : « ... à quelques kilomètres de Doba, dans un paysage paradisiaque, vivent particulièrement les Saras Gor. Bodo est leur capitale. Une grande forêt s'y trouve. C'est là que la vie a fait sa première apparition dans le monde. » Si vous pouviez savoir la tête que je faisais en dévorant cet extrait. J'en arrive à une conclusion : le jardin d'Éden est mal localisé dans les livres saints, ou encore Toumaï s'était probablement déplacé de Bodo pour mourir dans le désert du Djourab.
Ici, Joseph Brahim Seid ne déroge pas à la règle de la mythification de son terroir. L'écrivain japonais Yukio Mishima, dans son chef-d'œuvre Le Pavillon d'or, l'a affirmé avec éloquence : « À croire que mon cœur, mon instable cœur, c'est ce terroir qui l'a fait ce qu'il est. » Joseph Brahim Seid est de Bodo ; donc pour lui, Bodo est le berceau de l'humanité. Il n'y a de pourquoi, ni de comment. C'est comme ça !
Le livre est disponible à la Librairie La Source au prix de 5 000 francs. À lire ou à relire absolument.
La semaine prochaine, je vous ferai découvrir ou redécouvrir Les jambes d'Alice de notre célébrissime compatriote Ni**od.
Le 03 février 2026
Mortordé Bonheur