26/12/2025
LE PARTENARIAT 50-20-20-10 : UN MODÈLE ÉCONOMIQUE QUI POURRAIT CHANGER LA DONNE
Et si le Tchad adoptait un modèle innovant de développement industriel basé sur un partenariat équilibré entre l'État, les investisseurs étrangers, le secteur privé national et les collectivités locales ?
La répartition du capital serait la suivante :
- 50% pour l'État tchadien : L'État reste l'actionnaire majoritaire. C'est lui qui garantit la souveraineté économique du pays, la stabilité institutionnelle et la vision stratégique à long terme. Avec cette part majoritaire, l'État garde le contrôle des décisions importantes et protège les intérêts nationaux. Aucun partenaire étranger ne peut imposer sa volonté.
- 20% pour les partenaires internationaux : Il s'agit des grandes entreprises étrangères, qu'elles soient chinoises, russes, brésiliennes, indiennes, européennes ou américaines. Ces partenaires apportent ce qui nous manque cruellement : le capital pour investir, la technologie moderne, le savoir-faire industriel, les standards de qualité internationaux et surtout l'accès aux marchés mondiaux pour exporter nos produits transformés.
- 20% pour les entrepreneurs tchadiens : Le secteur privé national doit avoir sa place dans cette aventure industrielle. Cette part de 20% permet aux hommes d'affaires tchadiens de participer à la création de richesse, de développer un capital national solide et de bénéficier du transfert de compétences. C'est comme ça qu'on construit une classe d'entrepreneurs capables de porter l'économie nationale demain.
- 10% pour les collectivités locales : C'est peut-être l'innovation la plus importante de ce modèle. Les provinces et communes où sont implantées ces entreprises reçoivent automatiquement 10% des parts. Les dividendes serviront à financer les écoles, les centres de santé, les routes et les infrastructures locales. Quand la population locale bénéficie directement des retombées, elle soutient le projet. C'est la garantie de la paix sociale et de l'acceptation des investissements par les communautés.
Le principe fondamental est simple : on transforme là où la ressource existe.
Voici ce que ce modèle pourrait donner concrètement dans chacune de nos 23 provinces :
1. TIBESTI (Tibesti Gold and Minerals SA) : Or, antimoine, tungstène, étain, niobium, tantale, uranium, argent, pierres précieuses et semi-précieuses
2. BORKOU (Borkou Nuclear Resources SA) : Uranium, thorium, minerais stratégiques, sel gemme
3. ENNEDI EST (Ennedi Solar Tourism SA) : Énergie solaire, tourisme saharien
4. ENNEDI OUEST (Ennedi Building Materials SA) : Granit, marbre, pierre de construction, grès, matériaux de carrière
5. KANEM (Kanem Sahel Agro-Industries SA) : Dattes, gomme arabique, natron, spiruline
6. LAC (Lac Tchad Agro-Fisheries SA) : Pêche, riz, maïs, blé, sorgho, poivron, agriculture irriguée sur polders, spiruline
7. BAHR EL GHAZAL (Sahel Prime Meat SA) : Bovins, camelins, ovins, caprins, viande d'exportation, cuir, lait, peaux
8. HADJER-LAMIS (Hadjer-Lamis Logistics Hub SA) : Hub logistique, entreposage, agro-transformation, commerce de gros, transit régional
9. CHARI-BAGUIRMI (Chari Sugar and Agro SA) : Canne à sucre, riz irrigué, manioc, patate douce, gomme arabique, maraîchage
10. MAYO-KEBBI EST (Mayo-Kebbi Cereals and Livestock SA) : Mil, sorgho, maïs, riz, arachide, coton, élevage bovin, petit bétail
11. MAYO-KEBBI OUEST (Mayo-Kebbi Fisheries and Rice SA) : Pêche lacustre sur les lacs Léré, Fianga, Tikem et Tréné, riz, cultures vivrières, coton
12. LOGONE ORIENTAL (Logone Petroleum SA) : Pétrole brut, gaz naturel, raffinerie, produits pétroliers dérivés
13. LOGONE OCCIDENTAL (Logone Agro-Processing SA) : Arachide, sésame, manioc, sorgho, maïs, karité, transformation agroalimentaire
14. MANDOUL (Mandoul Cotton and Textile SA) : Coton fibre, textile, confection, huile de coton, tourteaux, savonnerie
15. MOYEN-CHARI (Moyen-Chari Fruits SA) : Mangues, goyaves, bananes, jus de fruits, confitures
16. SALAMAT (Salamat Pastoral Industries SA) : Bovins, ovins, caprins, viande séchée, cuir tanné, gomme arabique, miel
17. OUADDAI (Ouaddai Oilseeds SA) : Arachide, sésame, oignon, ail, huiles végétales, tourteaux, produits maraîchers
18. WADI FIRA (Wadi Fira Leather and Craft SA) : Caprins, ovins, cuir artisanal, maroquinerie, chaussures, tapis, artisanat traditionnel
19. SILA (Sila Irrigation Systems SA) : Gomme arabique, maraîchage irrigué, oignon, tomate, piment, cultures de décrue
20. TANDJILE (Tandjilé Cassava Industries SA) : Manioc, tapioca, gari, farine de manioc, igname, patate douce, alcool industriel
21. GUERA (Guéra Solar and Gold SA) : Or alluvionnaire, énergie solaire, granit, petit élevage, gomme arabique, sésame
22. BATHA (Batha Minerals and Camel SA) : Natron, sel, chameaux, dromadaires, commerce caravanier, artisanat
23. N'DJAMENA (N'Djamena Industrial and Services SA) : Industries manufacturières, services financiers, BTP, technologies, formation professionnelle, commerce international
Pourquoi ce modèle pourrait fonctionner ?
D'abord parce que l'État garde le contrôle. Avec 50% des parts, personne ne peut prendre de décision majeure sans l'accord du gouvernement. Ce n'est pas une privatisation sauvage où les étrangers viennent piller nos ressources.
Ensuite parce que les partenaires étrangers y trouvent leur compte. Ils ont un cadre clair, un partenaire étatique stable, et ils savent que les populations locales sont associées au projet. Ça réduit les risques politiques et sociaux qui font fuir les investisseurs en Afrique.
Les entrepreneurs tchadiens ne sont plus spectateurs. Ils participent, ils apprennent, ils grandissent. Dans dix ou vingt ans, ce sont eux qui pourront porter des projets seuls.
Et les populations locales ne sont plus oubliées. Quand ta province touche 10% des bénéfices d'une entreprise qui exploite les ressources de ton terroir, tu n'as plus de raison de bloquer le projet ou de te sentir spolié.
Regardons ce que nous avons comme potentiel :
Notre cheptel dépasse les 140 millions de têtes. C'est l'un des plus importants d'Afrique. Et pourtant on exporte nos bêtes sur pied au lieu de les transformer en viande, en cuir, en produits laitiers.
Nos réserves de pétrole sont estimées à 900 millions de barils. On a une raffinerie à Djermaya, c'est bien, mais on peut faire plus.
On parle de 8 millions de tonnes d'uranium dans le sous-sol du Tibesti et du Borkou. Le Niger voisin est devenu un acteur mondial de l'uranium avec des gisements similaires.
On est le deuxième producteur mondial de gomme arabique après le Soudan. Cette gomme est utilisée dans les sodas, les confiseries, les médicaments. Est-ce qu'on la transforme chez nous ? Non.
On dispose de 39 millions d'hectares de terres cultivables et d'un ensoleillement de plus de 3000 heures par an. Le potentiel agricole et solaire est énorme.
Ce qui nous manque, c'est une vision industrielle territoriale qui associe tout le monde.
Mais je crois qu'on doit commencer à réfléchir autrement. On ne peut pas continuer à exporter nos matières premières brutes et à importer des produits finis. On ne peut pas continuer à voir nos jeunes partir parce qu'il n'y a pas de travail chez eux.
Chaque province du Tchad a quelque chose à offrir. Il faut juste organiser tout ça intelligemment.
NB : Peut-être que certains chiffres doivent être ajustés. Peut-être que certaines provinces ont d'autres ressources que je n'ai pas mentionnées.
Dr Hussein Mahamat