30/12/2025
Analyse de la lettre ouverte d'un citoyen de Barh-Signaka au Président de la République du Tchad
Dans un appel citoyen poignant, un ingénieur-géographe se faisant le porte-parole de sa communauté, Abdelrassoul Mouctar, adresse une lettre ouverte au Président de la République du Tchad. Ce plaidoyer, structuré comme un article de presse, révèle les frustrations et les espoirs d'une région qui se sent délaissée.
Une approche respectueuse mais ferme
L'auteur adopte un ton extrêmement respectueux,reconnaissant les efforts du président en matière de sécurité et de stabilité nationale. Il rappelle également la loyauté électorale historique de la région du Guéra et de Barh-Signaka. Cette stratégie de communication est classique dans ce type de plaidoyer : elle vise à créer un terrain d'entente et à éviter toute perception d'hostilité, tout en posant un cadre de réciprocité ("nous vous avons soutenu, attendez-vous maintenant à notre tour").
Un constat d'abandon et d'enclavement
Le cœur du message est un diagnostic sans appel des carences qui frappent le département de Barh-Signaka,pourtant présenté comme riche d'un "potentiel humain et agricole immense". L'accent est mis sur :
· Le désenclavement : Le manque criant d'infrastructures routières isole la région.
· Les services de base : L'accès à l'eau potable et les infrastructures scolaires et sportives sont insuffisants.
· L'emploi des jeunes : Le chômage des diplômés est pointé du doigt, soulignant un gâchis de potentiel et un risque social.
La question rhétorique "Barh-Signaka serait-il oublié ?" résume le sentiment d'abandon et l'urgence de la situation.
Une stratégie de mobilisation moderne
La lettre dépasse le simple courrier.Son format, diffusé avec des hashtags ciblés ( , , ), en fait une campagne de plaidoyer communautaire et médiatique. Elle appelle explicitement non seulement l'État et le gouvernement, mais aussi les "partenaires au développement", élargissant ainsi le cercle des responsables pressentis.
Entre loyauté et avertissement
Le message navigue avec subtilité entre la réaffirmation de la confiance en le leadership présidentiel et un avertissement implicite.En rappelant le soutien électoral passé et en évoquant un "cri du cœur citoyen", l'auteur souligne que la patience et la loyauté de la population ont des limites. L'appel à un "Tchad juste, solidaire et inclusif" est aussi un rappel des principes fondamentaux que l'État est censé incarner.
Conclusion
Cette lettre ouverte est un document révélateur des dynamiques locales au Tchad.Elle illustre la frustration de régions qui estiment ne pas bénéficier des dividendes de la stabilité nationale et de leur propre loyauté politique. Plus qu'une simple liste de doléances, c'est un acte politique calculé, qui utilise les canaux du respect républicain et de la mobilisation citoyenne pour tenter de saisir l'attention du pouvoir central. La b***e est désormais dans le camp des autorités : une absence de réponse concrète risquerait d'alimenter le sentiment de marginalisation, tandis qu'une action, même symbolique, pourrait renforcer l'allégeance de cette communauté.
MST.