05/01/2026
# INTERNATIONAL|
L’ENLEVEMENT DE MADURO: UN COUP DE FORCE QUI REDEFINIT L'ORDRE MONDIAL. ANALYSE.
Dans la nuit du 3 janvier 2026, une opération militaire américaine baptisée « Absolute Resolve » a extrait de force le président vénézuélien Nicolás Maduro et son épouse Cilia Flores de leur résidence à Caracas pour les transférer à New York, où ils sont incarcérés et inculpés pour « narcoterrorisme ». Cet acte sans précédent – un enlèvement d’un chef d’État en exercice sur son propre territoire par une puissance étrangère – constitue un événement géopolitique majeur dont les ramifications politiques, juridiques, géostratégiques, judiciaires et diplomatiques méritent une analyse approfondie.
1. Dimension politique : un changement de régime par la force .L’opération est présentée par l’administration Trump comme une action nécessaire pour mettre fin à un « narco-État » et rétablir l’ordre dans la région. Le président Trump a affirmé que les États-Unis allaient « diriger » le Venezuela jusqu’à une transition « sûre » et prendre le contrôle de ses vastes réserves pétrolières. Sur le plan intérieur vénézuélien, la vice-présidente Delcy Rodríguez a prêté serment comme présidente par intérim, mais le pays est plongé dans une crise de légitimité aiguë. L’opération consacre une logique de changement de régime par la force, rappelant les interventions en Irak ou en Afghanistan, et pose la question de la gouvernance post-Maduro dans un contexte de forte fragmentation du pouvoir.
2. Dimension juridique : une violation flagrante du droit international
Sur le plan juridique, l’acte est une triple violation : Violation de la souveraineté et de l’intégrité territoriale . L’intervention armée sur le sol vénézuélien sans l’accord de son gouvernement ou une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU contredit frontalement l’article 2 de la Charte des Nations unies.
· Violation de l’immunité des chefs d’État : Le droit international coutumier accorde une immunité personnelle aux chefs d’État en exercice, les protégeant de poursuites devant les juridictions d’un autre pays. L’arrestation et la mise en accusation de Maduro bafouent ce principe fondamental.
· Absence de base légale internationale : Le Conseil de sécurité n’a ni autorisé ni été consulté sur cette intervention. Les États-Unis agissent donc unilatéralement, remettant en cause l’architecture multilatérale de l’après-guerre.
3. Dimension géostratégique : la reprise en main de l’« arrière-cour » américaine
Cet événement s’inscrit dans une stratégie de réaffirmation de l’hégémonie américaine dans l’hémisphère occidental. La déclaration du département d’État «Ceci est NOTRE hémisphère » en est la illustration la plus crue. L’opération vise plusieurs objectifs géostratégiques :
· Contrôle des ressources : Sécuriser l’accès aux plus grandes réserves de pétrole du monde, une préoccupation centrale dans un contexte de raréfaction des ressources.
· Élimination d’un rival régional : Éradiquer un gouvernement anti-impérialiste allié à la Chine, la Russie et l’Iran.
· Message de dissuasion : Envoyer un signal clair à tout autre État de la région (Cuba, Nicaragua) sur les conséquences d’une opposition frontale aux intérêts américains.
4. Dimension judiciaire : une justice d’exception et ses écueils
Le procès à venir à New York soulève de graves questions sur l’équité et l’indépendance de la justice. Maduro lui-même s’est déclaré « prisonnier de guerre », contestant la légitimité du tribunal. Les critiques pointent plusieurs problèmes :
· Conflit d’intérêts : La puissance qui procède à l’enlèvement est aussi celle qui juge l’accusé, rendant difficile la perception d’un procès équitable.
· Politisation de la justice : Les accusations de « narcoterrorisme » servent de justification a posteriori à une opération décidée sur des bases politiques et stratégiques.
· Précédent dangereux : Cela ouvre la porte à ce que n’importe quelle puissance militaire forte s’arroge le droit de juger les dirigeants des pays qu’elle considère comme hostiles, sapant les bases d’une justice pénale internationale impartiale.
5. Dimension diplomatique : une communauté internationale divisée et impuissante
La réponse internationale révèle des fractures profondes et une impuissance à défendre le droit international :
· Condamnations : La Chine et la Russie ont exigé la libération immédiate de Maduro et dénoncé la violation de la souveraineté. La Turquie a mis en garde contre les «graves complications» pour l’ordre international.
· Soutiens ou acquiescements : Certains dirigeants européens, tout en critiquant la « méthode », ont salué la chute d’un dirigeant qu’ils considèrent comme illégitime. La France, après des critiques initiales, a finalement semblé cautionner l’acte.
· Faiblesse des institutions multilatérales : Le Conseil de sécurité s’est réuni mais n’a pu adopter de résolution contraignante, illustrant son paralysie face à l’unilatéralisme d’une puissance permanente.
Conclusion : la préfiguration d’un monde dominé par la force ?
L’enlèvement de Nicolás Maduro est bien plus qu’un événement régional. Il marque un tournant vers un ordre mondial où la loi du plus fort menace de supplanter l’État de droit. En tolérant ou en justifiant cet acte, la communauté internationale risque d’entériner un précédent où la souveraineté des États faibles devient négociable et où la force brute devient un instrument normalisé de la politique étrangère. Le paradoxe est amer : les États-Unis, qui se présentent souvent comme les garants d’un ordre libéral, utilisent ici des méthodes qui en sapent les fondements les plus essentiels. L’avenir dira si ce coup de force ouvre une ère de domination unipolaire réaffirmée ou, au contraire, accélère la fragmentation et l’instabilité d’un monde où le droit n’est plus que « l’argument des plus faibles ».
MS TIMAN