02/09/2026
*Alerte! *🔴 * ⚖️ AU / Affaire Miskine : Un procès qui met à l'épreuve la justice tchadienne et la confiance régionale*
*Par: ALFRED DJASNAN - PDG Charilogone Media International & DP - La Rédaction Magazine Charilogone*
Depuis l’ouverture le 26 août 2026 à N’Djamena du procès du général Abdoulaye Miskine et de ses 3 compagnons, toute la sous-région retient son souffle. Renvoyée au 31 août puis poursuivie le 1er septembre, cette affaire ne concerne pas seulement le Tchad. Elle réveille des mémoires de 2001-2002 et 2013 en République centrafricaine. Au-delà des faits judiciaires, c’est la crédibilité de la justice, la cohésion régionale et la question des responsabilités institutionnelles qui sont posées. L’opinion centrafricaine suit chaque audience avec une attention particulière.
L’audience du 31 août s’était tenue dans le calme et avait permis une première prise de contact entre le tribunal, les avocats et les mis en cause. Celle du 1er septembre a été plus tendue. Le général Abdoulaye Miskine a signalé personnellement au président de la cour l’état de santé qui le préoccupe, indiquant que son état s’est dégradé depuis son arrestation, passant d’une seule pathologie à cinq, dont une jugée « plus grave », des problèmes rénaux. Avant son arrestation, il n’avait qu’une seule maladie.
Sur le fond du dossier, la défense a replacé les faits dans un cadre institutionnel. Il a été soutenu qu’en 2001-2002, l’accusé, le général Abdoulaye Miskine, occupait à l’époque la fonction d’officier responsable de la garde présidentielle et qu’il a été désigné pour encadrer des éléments afin d’appuyer l’armée FACA face à la rébellion. Les hommes engagés ont été décrits comme « disciplinés ». Selon les éléments versés aux débats, le déploiement aurait duré du 1er novembre 2001 au 4 novembre 2002. Le 5 novembre 2002, une décoration de commandeur de l’ordre du mérite centrafricain aurait été attribuée, suivie le même jour d’un départ en exil. La défense a également plaidé pour la mise en liberté des 3 autres co-accusés, estimant qu’ils ne seraient pas concernés par cette période. Il a été rappelé que l’unité concernée relevait directement de la présidence et qu’elle est intervenue dans le cadre d’un mandat institutionnel, notamment lors de l’opération visant à déloger les forces de Bozizé à Kabo.
La procédure elle-même a été au cœur des critiques. Sur 39 plaintes déposées, seules 8 ont été présentées à l’audience. Le représentant des parties civiles a indiqué couvrir aussi les 21 autres dossiers. La défense dénonce une rupture du principe du contradictoire : dans plusieurs dossiers, seules les parties civiles auraient été entendues. Le point le plus sensible porte sur les identifications. Il a été relevé que les mêmes plaignants, entendus en 2021 au premier cabinet, n’avaient alors « reconnu personne parmi les 4 ». La défense s’interroge sur ce revirement. Elle conteste aussi des identifications qui se seraient faites à l’extérieur de la salle, sur des critères vestimentaires du type « celui qui est habillé comme ça », une méthode jugée « peu fiable » et ouverte à des manipulations.
La défense a par ailleurs plaidé l’incompétence du tribunal tchadien, au motif que les faits de 2001-2002 et 2013 se seraient déroulés hors du Tchad et auraient déjà fait l’objet d’enquêtes internationales.
Selon le reportage de RFI – Nadia Benmafoud, N'Djamena, la chambre criminelle a poursuivi l’audition le 1er septembre. Le procureur de la République, se disant souffrant, a requis un renvoi au 4 septembre. Maître Mogna, avocat de la défense, y voit une « fuite » : « lorsque l’accusation n’a pas les arguments solides pour soutenir l’accusation, le ministère public ne peut que renvoyer le dossier pour creuser, chercher encore d’autres arguments ». Il pointe aussi l’absence de pièces : « toutes les parties civiles qui ont défilé à la barre, personne n’a pu présenter sa carte d’identité. Il n’y a pas eu de liens, il n’y a pas eu de pièces qui ont été versées au dossier ». De son côté, Maître Ahmat Abderaman, avocat des parties civiles, rétorque : « il faut que la justice soit rendue. Ils sont attendus depuis plusieurs années. C’est l’indemnisation qui compte pour les victimes ».
Ce procès intervient à un moment charnière. Il ne s’agit pas uniquement de juger des individus, mais de juger une période et des décisions d’État. Trois risques majeurs se dégagent. D’abord, un risque de justice perçue comme politique : si la question de la compétence et des preuves n’est pas tranchée avec une rigueur irréprochable, le verdict sera lu à N’Djamena comme à Bangui à travers le prisme politique et non juridique. Ensuite, un risque de fracture sociale : les failles relevées sur les identifications et l’absence de pièces peuvent nourrir un sentiment d’injustice chez les victimes comme chez les accusés. Une justice qui ne convainc pas est une justice qui divise. Enfin, un enjeu régional : le Tchad et la RCA partagent une histoire sécuritaire commune. Un procès transparent renforcerait la confiance entre les deux peuples. Un procès bâclé l’abîmerait durablement.
La justice tchadienne a donc une double responsabilité : rendre une décision juridiquement solide et politiquement apaisante. Elle doit faire la preuve qu’elle peut traiter un dossier sensible avec professionnalisme, sans précipitation et sans zone d’ombre. C’est à ce prix que le verdict aura une portée et évitera de rouvrir de vieilles blessures transfrontalières.
*Par: ALFRED DJASNAN - PDG Charilogone Media International & DP - La Rédaction Magazine Charilogone*