29/09/2026
JE REFUSE DE ME TAIRE
Elle s’appelle Yaqine. Elle a quinze ans. Quinze ans… l’âge où l’on devrait encore croire que le monde est un endroit sûr, où l’on sort retrouver une amie, rire, parler, respirer un peu de liberté.
Son seul « tort » aura été de faire confiance à une amie qui l’aurait conduite vers ceux qui allaient devenir ses bourreaux. À des adultes qui auraient dû la protéger. À une institution qui, face à la détresse d’une mère, aurait dû entendre l’urgence d’un cri.
Yaqine a disparu en plein jour. Sa mère a cherché de l’aide. Elle a supplié. Elle a demandé qu’on intervienne immédiatement. Et elle aurait reçu cette réponse glaçante : attendre 48 heures.
Quarante-huit heures.
Quarante-huit heures pendant lesquelles une enfant de quinze ans aurait été retenue, violentée, violée, torturée.
Quarante-huit heures qui, peut-être, auraient pu changer le cours de son histoire.
Je ne veux pas seulement parler de Yaqine.
Je veux parler de ce que son histoire nous dit de notre société.
Qui protège nos enfants lorsque ceux qui doivent les protéger ferment la porte ?
Qui entend la voix d’une mère lorsqu’elle appelle au secours ?
Depuis quand la disparition d’une enfant peut-elle être considérée comme une absence à attendre, plutôt qu’une urgence à prévenir ?
Et surtout : combien de vies faudra-t-il briser avant que l’on comprenne qu’il n’y a pas de délai acceptable lorsqu’une enfant est en danger ?
Le viol n’est pas une « erreur ».
Ce n’est pas une aventure.
Ce n’est pas une affaire privée.
Ce n’est pas une faute de la victime. C’est un crime. Un crime contre le corps, contre la dignité, contre l’enfance, contre l’avenir.
Et lorsqu’une société laisse une enfant être livrée à ses bourreaux, elle ne peut pas détourner les yeux ensuite comme si de rien n’était.
Je refuse que l’on demande à Yaqine de porter la honte qui appartient à ses agresseurs.
Je refuse que l’on cherche ce qu’elle faisait dehors, avec qui elle était, pourquoi elle était sortie.
La seule question qui devrait nous obséder est celle-ci :
Pourquoi personne n’a-t-il réussi à la protéger ?
Si les faits rapportés sont confirmés, alors chaque responsabilité doit être établie. Celle des criminels, évidemment. Mais aussi toute éventuelle défaillance, négligence ou abstention qui aurait empêché une intervention à temps.
Pas pour désigner des coupables avant l’enquête.
Mais pour que la vérité soit établie.
Pour que justice soit rendue.
Et surtout pour que cela ne puisse plus jamais se reproduire.
Yaqine n’a pas besoin de notre pitié. Elle a besoin de justice.
Elle a besoin que nous lui rendions ce que ses bourreaux ont tenté de lui arracher : sa dignité, sa voix, son droit à l’avenir.
Alors aujourd’hui, je refuse de me taire.
Je refuse le silence.
Je refuse l’indifférence.
Je refuse la banalisation.
Je refuse l’impunité.
Et je demande une seule chose : que la vérité soit faite, que les responsabilités soient établies et que la justice protège enfin ceux qui ont le plus besoin d’elle.
Parce qu’une enfant de quinze ans ne devrait jamais avoir à payer le prix de la défaillance des adultes.
Yaqine, ce n’est pas ton silence que nous devons entendre.
C’est ton cri. Femmes de Réalités