08/11/2026
À QUI LA FAUTE ? QUI A CRÉÉ CETTE GANGRÈNE APPELÉE TRIBALISME ?
« Les Bamileke dans leurs faux films avec les noms des autres. Ngueh Kwedi. »
À celui qui a écrit ces mots, et à tous ceux qui pensent encore que la valeur d'une œuvre, d'un homme ou d'une femme se mesure à son ethnie, je pose une question simple :
Qu'avons-nous donc fait de notre Cameroun ?
Une œuvre audiovisuelle rassemble des acteurs, des actrices, des techniciens, des réalisateurs, des producteurs et des commerçants venus des quatre grandes aires culturelles du Cameroun. Et pourtant, parce qu'un nom ou un élément identitaire apparaît dans une création, certains trouvent encore le moyen de transformer l'art en champ de bataille tribal.
Mais dites-moi : en quoi l'utilisation d'un nom commun, d'un prénom ou d'un élément culturel dans une œuvre audiovisuelle diminue-t-elle une tribu ?
Est-ce qu'un nom appartient à une ethnie au point qu'un autre Camerounais n'aurait plus le droit de le porter, de l'interpréter ou de le mettre en scène ?
Qui a choisi sa tribu avant de naître ?
Qui a choisi son sexe, sa famille, son lieu de naissance ou la couleur de sa peau avant de venir au monde ?
Personne.
Nous sommes venus dans ce monde avec des héritages que nous n'avons pas choisis.
Dieu seul connaît pourquoi l'un est né Sawa, l'autre Bamileké, Béti, Bassa, Nordiste, Bamoun, Tikar, Fang, Maka, Douala, Bakoko ou appartenant à tant d'autres peuples qui font la richesse de cette terre.
Alors, être Bamileké est-il un péché ?
Être Sawa est-il un crime ?
Être Béti est-il une malédiction ?
Être Nordiste est-il une honte ?
Être Bamenda est-il une faute devant Dieu ?
Non.
La véritable honte n'est pas d'appartenir à une ethnie.
La véritable honte commence lorsque nous utilisons notre ethnie pour humilier celle de notre frère.
Le Cameroun n'est pas pauvre de peuples.
Le Cameroun est riche de peuples, mais parfois appauvri par l'esprit de certains de ses fils.
Nos ancêtres nous ont pourtant enseigné une sagesse beaucoup plus profonde.
« Une seule main ne peut pas attacher un paquet. »
« Lorsque deux éléphants se battent, c'est l'herbe qui souffre. »
Et j'ajouterai ceci :
Lorsque les enfants d'une même maison commencent à se traiter d'étrangers, ce n'est pas la maison qui devient plus grande ; c'est la famille qui devient plus petite.
LE KARMA DE LA PAROLE
Il faut comprendre une chose : chaque parole est une graine.
Tu plantes le mépris, quelqu'un récoltera la haine.
Tu plantes l'humiliation, quelqu'un récoltera la vengeance.
Tu plantes le tribalisme, tes propres enfants pourraient un jour vivre dans une société où ils seront jugés non pas pour leur cœur, leur talent ou leur intelligence, mais pour le nom qu'ils portent.
Voilà le véritable karma.
Je ne parle pas ici d'une malédiction mystique que quelqu'un lancerait sur les descendants d'un autre.
Je parle d'une malédiction sociale et morale : celle que nous transmettons lorsque nous enseignons à nos enfants à mépriser leurs frères.
Car l'enfant qui grandit en entendant :
« Ceux-là sont moins que nous »,
finira peut-être par reproduire demain cette même violence sur quelqu'un d'autre.
Et ainsi naît la chaîne.
Une génération blesse.
Une autre apprend à blesser.
Une troisième croit que la haine est une tradition.
Voilà comment une société se détruit.
QUEL HÉRITAGE LAISSONS-NOUS ?
À celui qui écrit publiquement des paroles tribales, je ne demande pas :
« De quelle tribu es-tu ? »
Je demande :
« Quel héritage veux-tu laisser derrière toi ? »
Lorsque tes enfants liront un jour tes paroles, seront-ils fiers de découvrir un parent qui a construit des ponts ?
Ou découvriront-ils quelqu'un qui consacrait son énergie à dresser les Camerounais les uns contre les autres ?
Parce qu'un jour, nos comptes Facebook disparaîtront.
Nos photos disparaîtront.
Nos publications seront oubliées.
Nos querelles deviendront poussière.
Mais les conséquences de ce que nous aurons enseigné aux autres peuvent survivre à notre propre existence.
Voilà pourquoi il faut avoir peur, non pas d'une malédiction magique, mais de la malédiction de l'héritage moral.
Le mauvais héritage, c'est lorsque ton nom devient associé à la haine.
Le bel héritage, c'est lorsque tes descendants peuvent dire :
« Notre père, notre mère, notre grand-parent a contribué à rapprocher les peuples. »
LE CAMEROUN EST FATIGUÉ !
Le Cameroun est fatigué de voir ses enfants se déchirer pour des frontières ethniques que personne n'a dessinées avant leur naissance.
Fatigué de voir l'art devenir un prétexte à la haine.
Fatigué de voir certains transformer la culture en propriété privée.
Fatigué de voir le Cameroun exporté dans le monde avec, parfois, l'image d'un peuple qui se déteste lui-même.
Nous devons arrêter de tirer notre propre pays vers le bas.
Une série qui rassemble des Camerounais de différentes origines ne devrait pas être condamnée parce qu'elle montre plusieurs identités.
Au contraire !
C'est cela, le Cameroun : plusieurs peuples, une seule nation.
La différence n'est pas une maladie à guérir.
La différence est une richesse à apprendre à gérer.
RETOURNONS À LA SAGESSE DE NOS ANCÊTRES
Dans la civilisation africaine authentique, l'étranger pouvait devenir frère.
L'enfant de l'autre pouvait devenir notre enfant.
Le voisin pouvait devenir notre parent.
Et la solidarité dépassait parfois les liens du sang.
Chez nos anciens, on ne demandait pas toujours :
« De quelle tribu es-tu ? »
On demandait plutôt :
« De qui es-tu l'enfant ? »
Parce que la vraie parenté africaine n'était pas seulement biologique.
Elle était aussi humaine, sociale et spirituelle.
Alors, réapprenons à dire :
Papa à celui qui mérite notre respect.
Maman à celle qui nous protège.
Frère à celui qui marche avec nous.
Sœur à celle qui partage notre humanité.
Et surtout :
Camerounais à celui qui est né sous le même ciel que nous.
À CELUI QUI A ÉCRIT CE COMMENTAIRE…
Je ne te répondrai pas par une autre insulte.
Je ne te répondrai pas par le tribalisme.
Je ne demanderai pas à ton peuple de payer pour tes paroles.
Parce que je refuse de devenir ce que je condamne.
Je te réponds avec une question :
Si demain ton propre enfant tombe amoureux d'une personne d'une autre ethnie, voudras-tu qu'on lui dise qu'il aime un étranger ?
Si demain ton enfant travaille avec des personnes de toutes les régions du Cameroun, voudras-tu qu'on lui demande de choisir qui mérite son respect ?
Et si demain ton enfant devient artiste et raconte une histoire mettant en scène plusieurs cultures camerounaises, voudras-tu qu'on lui interdise certains noms simplement parce qu'ils appartiennent à une communauté ?
Si ta réponse est non, alors commence aujourd'hui par offrir aux enfants des autres le même respect que tu réclames pour les tiens.
Car le monde que nous préparons pour nos enfants dépend beaucoup des graines que nous plantons aujourd'hui.
Celui qui sème la haine ne devrait pas s'étonner de récolter la division.
Celui qui sème le respect prépare la paix de ses descendants.
Et celui qui comprend enfin que l'autre n'est pas son ennemi, mais une autre expression de l'humanité, commence véritablement à devenir un homme.
À QUI LA FAUTE ?
Peut-être que la question n'est plus seulement :
« Qui a créé le tribalisme ? »
La vraie question est :
« Qui aura le courage de l'arrêter ? »
Et cette réponse ne dépend ni de Yaoundé, ni de Douala, ni de Bafoussam, ni de Bamenda, ni du Nord, ni du Sud.
Elle commence par chacun de nous.
Que Dieu nous donne la sagesse de ne jamais transformer notre identité en arme contre notre frère.
Un Cameroun.
Plusieurs peuples.
Plusieurs cultures.
Une seule humanité.
Et surtout : que nos descendants héritent de nos valeurs, pas de nos rancœurs.
Kengne Ouafo
Le Parolier polygyne
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