01/21/2026
La pizza du masque et le four du silence
Dans la cuisine tiède de Rome,
la prêtresse en tablier sourit.
Elle sort du four une pizza marquée au fer rouge,
un symbole ancien recyclé en fromage fondu.
Le peuple applaudit, croyant voir un dîner.
Il ne voit pas l’autel.
Giorgia Meloni cuisine l’identité comme on cuisine la peur :
feu doux, gestes rassurants, discours maternel.
« C’est pour votre bien », dit-elle,
pendant que la loi pétrit les corps.
Kateb Yacine aurait ri jaune.
Il aurait dit que l’Europe adore les masques
tant qu’ils sont blancs, invisibles,
cousus dans les plis de la République.
Ici, on interdit le voile
au nom de la liberté.
On libère la femme en la déshabillant de force,
vieille astuce coloniale remise au goût du jour,
avec basilic national et hymne en fond sonore.
La Beyramiyya regarde la scène
depuis la cave,
là où le vin est interdit mais la vérité fermente.
Les derviches fument,
les scorpions noirs tapent du pied
sur un rythme de rébétiko cassé,
musique des bannis, des portuaires,
de ceux qui savent que l’identité n’est pas un uniforme
mais une cicatrice.
Un vieux Hashshashin murmure :
« Le fascisme moderne ne porte plus de bottes.
Il porte un sourire,
un four domestique,
et parle de culture pendant qu’il fouille les poches. »
Malcolm X plane comme une ombre propre :
il rappelait que le problème n’est jamais le tissu,
mais qui décide
qui a le droit d’exister sans s’excuser.
Ils disent : Europe des peuples.
Ils font : Europe des vitrines.
Peuples bien rangés,
différences sous plastique,
révolte interdite sans autorisation préalable.
Dans les pantalons d’Hitler,
les fesses du pouvoir trouvent toujours leur place,
peu importe l’époque,
tant que la peur reste bien repassée.
La Beyramiyya Bektashie ne propose pas de solution.
Elle propose un rire noir,
un blasphème lucide,
une danse bancale sur les ruines des certitudes.
Car quand l’État commence à choisir
ce que tu portes pour être acceptable,
c’est qu’il a déjà décidé
ce que tu dois taire pour survivre.
Et la pizza refroidit.
Mais le four, lui,
reste allumé.