01/20/2026
🚨PNH : Normil Rameau et Vladimir Paraison face au défi des gang
La crise sécuritaire que traverse Haïti peut se lire à travers deux styles de commandement à la tête de la Police nationale d’Haïti (PNH). L’ancien directeur général, Normil Rameau, et l’actuel DG, Vladimir Paraison, incarnent deux stratégies différentes face à un même fléau : l’emprise des gangs armés sur le territoire national.
Dès le départ, Normil Rameau a affiché une volonté ferme de résoudre le problème de l’insécurité en l’attaquant à sa source. Sa stratégie consistait à frapper le problème au plus haut niveau : identifier, arrêter et mettre en détention ceux qui financent les gangs et alimentent leur puissance. Pour lui, tant que les réseaux économiques, politiques et logistiques des groupes armés resteraient intacts, aucune victoire durable ne serait possible sur le terrain.
Cette approche, courageuse mais politiquement sensible, l’a rapidement plongé dans un conflit avec le Premier ministre Alix Didier fils-Aimé. En effet, certaines des personnes arrêtées par la police étaient considérées comme des alliés du pouvoir exécutif. C’est dans ce contexte que la volonté de remplacer Normil Rameau a émergé, avec l’approbation des membres du Conseil présidentiel de transition. Pourtant, ce remplacement n’était pas lié à un manque de capacité, de volonté ou de stratégie, mais bien à un affrontement politique autour de la question des responsabilités dans le financement de l’insécurité.
À l’inverse, Vladimir Paraison a choisi une approche plus offensive et plus visible. Il a attaqué le problème à la base, en allant directement dans les foyers des gangs, en lançant des drones kamikazes et en multipliant les opérations policières. Cette stratégie a permis des avancées territoriales notables, notamment la libération de Bel-Air, ainsi que des opérations en cours à Port-au-Prince, au centre-ville et à Bas-Delmas.
Cependant, un constat demeure : malgré l’intensité des opérations, aucun chef de gang majeur n’a été mortellement neutralisé. De plus, la libération de Bel-Air est intervenue alors que son chef de gang, Kempes Sanon, avait déjà quitté la zone. Son départ aurait été ordonné par Jimmy Chérizier et Lanmò Sanjou, qui estimaient que Kempes Sanon, membre de la coalition Viv Ansanm, s’écartait de l’idéologie de cette alliance criminelle.
Comparaisons et réalités opérationnelles.
Certains estiment aujourd’hui que Normil Rameau serait inférieur à Vladimir Paraison, au motif que l’actuel DG a réussi à récupérer certains territoires. Cette lecture est toutefois incomplète. Sous Normil Rameau, la police avait également repoussé les bandits dans plusieurs zones. Si ces derniers revenaient ensuite en force, c’est aussi parce que Rameau ne disposait pas des mêmes moyens logistiques et technologiques, notamment le contrôle total des drones kamikazes dont bénéficie l’actuelle direction.
Comparer Normil Rameau et Vladimir Paraison ne devrait pas conduire à opposer efficacité et échec, mais à comprendre la complémentarité des approches. Rameau avait amorcé une lutte de fond contre les racines politiques et financières de l’insécurité. Paraison mène une bataille frontale pour reprendre le contrôle du territoire. La vérité est que l’insécurité en Haïti ne peut être éradiquée sans une combinaison de ces deux stratégies. Sans volonté politique pour soutenir l’action policière au plus haut niveau, et sans moyens opérationnels pour tenir durablement le terrain, aucune solution ne pourra être définitive.
✍🏽Michelin LEONE