06/12/2026
Le président Félix Tshisekedi après avoir endossé le costume de médiateur au Tchad, offre aujourd'hui le visage d'un double paradoxe.
Une contradiction majeure que mettait déjà en lumière une lettre poignante du regretté Yaya Dillo Djerou Betchi, qui pointait du doigt les limites, voire la complicité passive, d'une médiation qui peinait à garantir un processus inclusif et équitable.
PLAIDOYER POUR LA DÉMOCRATIE :LETTRE OUVERTE DE YAYA DILLO AU PRÉSIDENT FELIX TSHISEKEDI
Dans une lettre ouverte marquante, Yaya Dillo Djerou Betchi, Président du Parti Socialiste sans Frontières (PSF) au Tchad, s'adresse au Président de la RDC, FÉLIX TSHISEKEDI, pour l'interpeller sur son rôle diplomatique dans la crise tchadienne.
Lettre ouverte à son Excellence Monsieur Félix Tshisekedi, Président de la République Démocratique du Congo (RDC) - Partagez au maximum pour atteindre beaucoup d’africains !
Excellence Monsieur le Président et Cher frère
Avec tout le respect que je vous dois, permettez-moi de m’évertuer sur le contexte politique au Tchad et votre attitude intolérable vis-à-vis de l’avenir démocratique de notre pays.
Nous, la plupart d’intellectuels africains de mon âge, avions passé notre jeune âge d’écolier et puis d’étudiant à écouter et admirer la voix discordante et revendicatrice de votre défunt père (paix à son âme) sur les ondes de la RFI. De par sa constance dans la lutte pour l’instauration de la démocratie en RDC, il avait passionné plus d’un africain de la noblesse de son combat. Il fut une icône de la lutte pour le changement démocratique.
Votre beau pays regorge des potentialités humaines et naturelles importantes ; mais faute de la dictature et de l’absence des institutions transparentes, il sombre comme beaucoup de pays africains dans la pauvreté et la guerre.
Les figures emblématiques de la lutte pour l’indépendance du Congo, à l’exemple de Patrice Lumumba, avaient payé de leur vie pour cette noble cause : la démocratie. Cette perte de ce grand combattant africain de la liberté et de l’indépendance fut l’expression même de la lâcheté de l’élite congolaise complice, corrompue et au service des agendas étrangers. Si, malgré son scandale géologique et minier le plaçant au premier rang des richesses naturelles africaines, votre pays avait sombré dans la misère et la guerre, comme susmentionné, c’était à cause de l’absence d’une gouvernance démocratique crédible.
Après le décès de votre célèbre père, vous aviez courageusement emprunté le chemin tracé par son idéologie politique : la conquête démocratique. Votre compatriote, le Président Joseph Kabila vous a vaillamment cédé le pouvoir de manière démocratique lors d’un scrutin qui avait offert l’occasion à votre formation politique de bâtir des chantiers nouveaux pour la RDC dans un cadre de vie démocratique. Une toute première alternance politique dans votre beau et vaste pays.
Malheureusement et à la surprise générale de tous les citoyens tchadiens, c’était sous votre leadership en tant que Président de l’Union Africaine que cette dernière avait allégrement violé ses propres principes fondateurs énoncés dans la Charte Africaine de la Démocratie, des Élections et de la Gouvernance, principes relatifs aux Changements anti constitutionnels. Pire encore, vous aviez qualifié la situation au Tchad ayant conduit à la suppression de la Constitution et à la dissolution de l’Assemblée Nationale de « particularité ». À l’époque, beaucoup de langues indiscrètes avaient laissé entendre que vous auriez reçu des mallettes de la part de la junte pour ce sale boulot ayant violé les valeurs cardinales devant garantir la stabilité institutionnelle des États Africains. En plus, lors de votre récente visite, tout ce qui vous a intéressé était la démonstration de force de l’armée tchadienne. Chose normale; mais on peut bien être tenté de vous soupçonner d’un projet de perpétuation de votre pouvoir par l’usage de la force, à l’exemple de votre aîné Alpha Condé de la Guinée, un opposant historique et un élu converti en un farouche ennemi de la démocratie. Le seul souci de la conservation du pouvoir (même obtenu grâce au peuple) semble être un sérieux virus africain.
Aujourd’hui, tout le monde, y compris l’Union Africaine, s’est rendu compte que les positions prises pour accompagner la junte étaient des voies déroutantes. La junte a violé l’ensemble des engagements qu’elle avait pris devant l’opinion nationale et internationale. La Communauté Internationale, y compris l’Union Africaine, semble prendre conscience des erreurs commises en accompagnant la junte durant la première phase transitoire en se basant juste sur ses déclarations publiques malintentionnées. Les dernières prises de positions de l’Union Africaine encouragent le retour à l’ordre constitutionnel. C’est pendant cette période ultime où tout le peuple tchadien espère que d’éventuelles sanctions de l’UA vont contraindre la junte à abandonner son macabre projet de monarchisation du Tchad que vous aviez choisi de convoquer une réunion d’urgence de la CEEAC, une coquille vide qui n’a jamais résolu un iota des problèmes de la région de l’Afrique Centrale. Nous vous soupçonnons que vous aurez l’intention d’utiliser le farfelu principe de subsidiarité, principe copié des nations démocratiques et qui n’a résolu aucun problème en Afrique, pour contrecarrer ces éventuelles sanctions venant de notre organisation continentale (UA) qui essaie de sortir de son mimétisme habituel.
Excellence Monsieur le Président et cher frère, je tiens à vous informer que si jamais notre soupçon se concrétise, vous aurez certainement de sérieux problèmes de conscience et aucun africain ne croira que vous êtes un démocrate, moins encore un président « bien élu » par le peuple congolais. L’histoire et le peuple tchadien vous jugeront. J’espère que mon ne se concrétise pas et que, pour une fois de son existence, la CEEAC retrouve ses lettres de noblesse en sanctionnant la junte tchadienne et en optant pour la démocratie.
Dans l’espoir que vous voudriez bien tenir compte des préoccupations légitimes du peuple tchadien, veillez agréer, Excellente Monsieur Président et Cher frère, l’expression de ma très haute considération.
Signé ,YAYA DILLO DJEROU BETCHI, Président National du Parti Socialiste sans Frontières (PSF).